Les ambiguïtés du mouvement « génération Z » au Mexique
Nuire à Claudia Sheinbaum
Le gouvernement et ses partisans soutiennent que la « génération Z » n’est pas un mouvement spontané, mais le produit d’une campagne lancée par le milliardaire Ricardo Salinas Pliego pour nuire à Claudia Sheinbaum, créditée d’un taux de popularité de 72 %. Son équipe a présenté une enquête démontrant que l’appel à manifester de la « génération Z » avait été amplifié sur les réseaux sociaux par des millions de « bots », des influenceurs et des opposants politiques. Morena a exhibé un contrat de 100 000 euros que le Parti Action nationale (PAN, droite), le principal parti d’opposition, a octroyé, en février, à un porte-parole du mouvement pour des services de « stratégie numérique ». De nombreux détails avaient déjà interpellé ceux qui s’étaient penchés sur les vidéos : « La musique, les expressions ou les symboles n’étaient clairement pas ceux de la génération Z [les jeunes nés entre 1997 et 2012], mais plutôt de millennials voire de boomeurs [les générations précédentes] ; c’était visiblement le produit d’une agence de marketing politique dans une stratégie pour monter les jeunes contre le gouvernement », soutient l’analyste politique Vanessa Romero. Le mouvement a pris une nouvelle ampleur le 1er novembre, après le meurtre de Carlos Manzo, le maire de la ville d’Uruapan. Politicien bravache au verbe haut, l’élu s’était séparé de Morena et avait demandé au gouvernement de déployer plus de soldats pour affronter les groupes armés qui terrorisent les habitants de cette ville de l’Etat du Michoacan (ouest), l’une des principales régions de production d’avocats et de citrons verts du pays. Son assassinat, le septième d’un maire au Mexique en 2025, a secoué l’opinion et ébranlé le gouvernement de Claudia Sheinbaum.
Stratégie payante
Surfant sur cette vague d’indignation, le réseau de la « génération Z » a alors élargi son appel à manifester en incluant la protestation contre le meurtre de Carlos Manzo et l’insécurité. La stratégie s’est avérée payante : ignoré pendant plusieurs semaines, l’appel à manifester a finalement réuni des dizaines de milliers de personnes à Mexico, dont une petite proportion de jeunes. Celle du 20 novembre n’a rassemblé que quelques dizaines de personnes. L’analyste Carlos Bravo note que de nombreuses personnes ont manifesté pour la première fois le 15 novembre sans savoir qui était à l’origine du mouvement, mais en portant des revendications légitimes, notamment sur la collusion entre les groupes criminels et les gouvernements locaux contrôlés par Morena. « Le gouvernement vient d’une opposition qui s’est forgée dans les manifestations, mais qui invalide constamment les personnes qui protestent contre ses politiques », déplore-t-il. Ricardo Salinas Pliego, grand promoteur de la manifestation, n’a pas grand-chose à voir avec la génération Z : libertarien autoproclamé proche de certains mouvements d’extrême droite latino-américains, ce milliardaire de 70 ans est le propriétaire de TV Azteca, la deuxième chaîne de télévision du Mexique, qui a couvert les protestations pendant plusieurs heures en continu. Le magnat est aussi propriétaire d’une banque et d’une myriade d’entreprises dans divers secteurs, qu’il a bâties durant plus de trois décennies grâce à des concessions publiques octroyées par les présidents successifs.
« Gauchistes de merde »
Après avoir été l’un des plus proches alliés de l’ancien président Andrés Manuel Lopez Obrador, le mentor politique de Claudia Sheinbaum, Ricardo Salinas a violemment rompu avec « AMLO » en 2024, au sujet des quelque 2 milliards d’euros que le service des impôts réclame à ses entreprises depuis plus de dix ans, et est devenu l’un des plus féroces détracteurs du gouvernement. Depuis, l’homme d’affaires et ses médias attaquent inlassablement les cadres de Morena, qu’il traite de « gauchistes de merde » – une expression empruntée au président argentin, Javier Milei – et qu’il accuse d’instaurer un « narcogouvernement » qui pousserait le Mexique vers une « dictature communiste » comme à Cuba, au Venezuela, au Nicaragua ou en Corée du Nord. Ricardo Salinas rêve désormais d’un destin à la Donald Trump : caressant une candidature pour l’élection présidentielle de 2030, il se présente comme le seul homme capable de battre Morena dans les urnes en ralliant les partis d’opposition et les Mexicains mécontents.