Le kanga sous toutes les coutures

  • 3 min
  • Mis à jour le : 6 juillet 2026
  • Par Caroline Guébel

Si comme moi, Zanzibar vous fascine, vous avez certainement en tête l'image de femmes drapées dans leur kanga marchant élégamment dans les rues de Stone Town ou sur les plages de Matemwe ou Bwejuu. Tissu traditionnel de Tanzanie – à ne pas confondre avec le kitenge, plus lourd et plus épais –, le kanga a de multiples usages : vêtement bien sûr, mais aussi porte-bébé, nappe d'appoint, élément décoratif… Ce qui le rend surtout unique et si cher aux femmes de Tanzanie, c'est sa jina, inscription propre à chaque kanga bien plus signifiante qu'il n'y paraît de prime abord.

Le kanga, tissu traditionnel de Zanzibar

Apparu sur l'île de Zanzibar au milieu du XIXe siècle, le kanga est un grand rectangle de coton imprimé d'un mètre cinquante sur un mètre.

Son nom signifie « pintade » en langue swahilie, les premiers modèles de kanga étant ornés de motifs figurant le plumage du volatile. Au fil des ans et de l'inspiration des tisserands, les thématiques se sont diversifiées : faune et flore, récoltes, fertilité… et les motifs se sont stylisés.

Mais comme à ses début, le kanga se compose toujours de 3 parties : le mji, partie centrale ornée de motifs et arborant une inscription appelée jina, qu'encadre le pindi, une large marge aux couleurs assorties au mji. Le kanga s'achète généralement par paire.

Le kanga, plus qu'un vêtement 

Le kanga est d'abord un vêtement utile à toute la famille. À Zanzibar, les femmes portent généralement deux kanga, le premier pour couvrir la tête et les épaules et le second, noué à la taille, faisant office de jupe longue. Dans sa version plus élégante, il est de couleur bleu foncé et appelé kanga za magharibi, « kanga du soir ». À la maison, les hommes aussi portent le kanga, généralement celui qu'ils ont reçu le soir de leurs noces. Quant aux enfants, le kanga fait office de porte-bébé pour les plus jeunes.

Composition de trois photos mettant en scène des femmes de Zanzibar vêtues du vêtement traditionnel appelé kanga
© Pierre Vassal/Haytham-Réa - © Giacomo Berardi/Unsplash

Au-delà de l'aspect vestimentaire, le kanga est un objet incontournable dans la maison, où ses usages semblent infinis : rideaux encadrant les fenêtres, serviettes de table, élément décoratif suspendu aux murs, couvre-lit…

Pour le voyageur, le kanga est enfin le souvenir idéal à rapporter de Zanzibar. Sur place, il pourra servir de foulard d'appoint dans les villages zanzibarites pour ne pas choquer la population locale. À la plage, le kanga pourra être utilisé comme un paréo ou un drap de bain. Et de retour à la maison, les plus créatifs pourront le détourner en accessoires tendance: en broche ou en boucles d'oreilles, en patch sur un T-shirt blanc ou taillé en jupe.

Voile des mariés

À l'occasion d'un mariage, on offre aux jeunes mariés un grand kanga. Appelé kisutu cha harusi, ce kanga de mariage, traditionnellement rouge et noir, est coupé en deux. La première partie revient au marié et la seconde à son épouse. Le soir des noces, mari et femme peuvent chacun porter leur kanga noué autour de la taille.

Les significations cachées du kanga

Ce qui rend le kanga unique, c'est la jina. Placée dans un cadre noir à fond blanc juste au dessus du pindi, la jina est une inscription en swahili, apparue pour la première fois au début du xxe siècle sur les kanga édités par la famille kenyane des Kaderdina.

Lu sur des kanga en Tanzanie

Mwanamke mazingira tuanataka, usawa, amani, maendelo.

Nous (les femmes), voulons l’égalité, la paix et le progrès.

Naogopa simba na meno yake siogopi mtu kwa maneno yake.

Je crains un lion et ses dents puissantes mais pas un homme et ses mots.

De simple ornement, la jina est devenu moyen d'expression. Elle permet aux femmes d'affirmer leurs valeurs et leurs croyances, leurs opinions et leurs espoirs.

Femme drapée dans un vêtement traditionnel appelé kanga sur le pas de sa porte, à Dar es Salaam en Tanzanie
© John Warburton Lee-hemis

Citation coranique ou vers poétique, slogan politique ou extrait de film, la jina aborde des thèmes variées comme l'argent, l'amour, l'éducation… C'est elle désormais qui déclenche l'acte d'achat d'un kanga, qu'il soit pour un usage personnel ou pour un cadeau. Au delà de l'aspect esthétique et pratique, c'est le message qui compte. Alors si en faisant étape à Zanzibar, vous offrez un kanga à quelqu'un, assurez-vous bien de la signification de la phrase…