La Tanzanie au rythme du train

  • 5 min
  • Mis à jour le : 2 avril 2026
  • Par Virginie Romiguière

En Tanzanie, les moyens de transport sont assez peu variés. On se déplace surtout en taxi, en taxi-moto ou en dala-dala, ces minibus toujours pleins à craquer. Il existe bien des trains, mais les emprunter relève parfois de la gageure. J’ai eu envie de tenter l’expérience et de découvrir le pays autrement. Je vous emmène donc dans périple en train à travers la Tanzanie, où le temps s’étire et où chaque arrêt réserve une surprise.

Le chemin de fer en Tanzanie

Ce n’est pas le moyen de transport auquel on pense tout de suite pour se déplacer Tanzanie. Plus confortable qu’un dala-dala – le transport en commun le plus populaire – le train séduit de plus en plus de voyageurs qui veulent sortir des sentiers battus. Le pays dispose de deux grandes lignes principales de chemin de fer : la Tanzania Railway limited Central Line et la TAZARA (Tanzania Zambia Railway Authority), plus connue et empruntée.

La Tanzania Railway limited Central Line relie Dar es-Salaam à Arusha, au nord ; à Mwanza, au sud du lac Victoria ; et à Kigoma, au bord du lac Tanganyika. La TAZARA relie quant à elle Dar es-Salaam à New Kapiri Mposhi, au cœur de la Zambie, via Mbeya, à l’est de la Tanzanie. Ce trajet de 1 860 km est opéré deux fois par semaine, dans un sens comme dans l’autre.

Construite par les Chinois entre 1970 et 1975, la ligne TAZARA servait d’abord au transport de matières premières (comme de l’engrais ou du cuivre de Zambie) vers la côte, en vue d’un envoi par bateau ensuite. Puis les marchandises ont petit à petit été convoyées par la route. La ligne a donc pu servir aux transports de personnes.

Infos pratiques pour voyager sur la compagnie Tazara

Réservation : Il est fortement recommandé de réserver ses billets en avance, surtout si vous souhaitez une couchette.

Sécurité : Gardez toujours un œil sur vos bagages, des vols peuvent survenir.

Argent : Prévoyez de l’argent en liquide pour pouvoir acheter des denrées à bord ou auprès des vendeurs ambulants.

© Matt griggs/Alamy /Hemis - © Mugabi Owen/Unsplash - © Katsuma Tanaka/Unsplash

Une odyssée tout en lenteur

Les voyages en train en Tanzanie séduisent les adeptes du slow travel, ceux qui n’ont pas peur des longs trajets et des introspections. Il ne faut pas être pressé, ni craindre les imprévus : les retards sont fréquents et le train avance à une allure de 20 à 40 km/h.

Munie de mon billet, je suis accueillie par le contrôleur du train avec un grand sourire, et je m’installe dans une cabine avec quatre couchettes, prête à parcourir les quelque 860 kilomètres qui séparent les villes de Dar es-Salaam et Mbeya. Le trajet peut durer 24 heures… ou 36. Impossible de prévoir. Mais c’est justement ce qui fait le charme du voyage.

Le trajet passe par le parc national de Mikumi et le parc national de Nyerere. C’est là une occasion de faire un safari autrement et d’observer la faune et la flore luxuriante de la Tanzanie. Par la fenêtre, je guette les zèbres, les buffles, les gnous… Le train s’arrête plusieurs fois, pour des durées variant à quelques dizaines de minutes à une heure, sans raison apparente. Puis nous sommes arrêtés pour une raison pour le moins originale : un éléphant traverse les rails.

À l’intérieur règne une atmosphère paisible et le temps s’écoule au ralenti. Je prends le temps de contempler les paysages qui défilent et d’échanger avec les autres passagers. Les enfants sont amusés de voir une mzungu (blanche) à bord, certains se cachent derrière les jupons de leur mère. Le calme s’interrompt brusquement lors des arrêts, laissant place à l’agitation. Les vendeurs ambulants se précipitent vers le train, toutes fenêtres baissées, et les voyageurs leur achètent des fruits, légumes, riz, pommes de terre, sodas... D’autres s’échangent des colis par la fenêtre.

Un panel de rencontres

Au-delà des paysages, du temps qui s’écoule au compte-goutte, des animaux de la savane que l’on peut parfois observer au loin, et des aléas de parcours, ce que je retiens le plus de ce périple est la richesse des rencontres à bord. Du jeune homme qui va revoir sa grand-mère à l’étudiante qui rentre chez elle, en passant par l’homme d’affaires qui utilise la ligne toutes les semaines depuis des années… Chaque personne voyage avec ses bagages, ses récits et des informations précieuses sur le pays, que l’on se fait un plaisir d’écouter.

© Pedro Bigeriego/Stock Adobe - © Pierre Vassal/Haytham/Réa

Découvrir la Tanzanie en train, c’est prendre le risque d’y passer des heures voire des journées et des nuits, de façon imprévisible, mais aussi d’aller au gré des histoires de chacun et de partager des parcelles de vie avec les autres passagers. J’apprends l’histoire du chemin de fer avec un ancien qui connaît chaque gare par cœur. Une femme portant son enfant sur le dos me raconte des coutumes locales. En me rendant dans le wagon-bar pour trouver quelque chose à grignoter et à boire, un babu (grand-père) me propose un soda Tangawizi au gingembre et m’enseigne  la formule de respect à adresser aux aînés : « Shikamoo ». Il me répond « Marahaba » avec un sourire complice. Ces moments simples, partagés entre deux cahots, sont les plus précieux du voyage.

Ce voyage en train, fait de paysages, d’échanges et d’aléas, révèle un pays en mouvement. Et l’aventure ne fait que commencer : en 2025, un accord de 1,4 milliard USD entre la Chine, la Zambie et la Tanzanie a lancé un vaste projet de modernisation de la TAZARA. À suivre…