La fête des Morts au Pérou

  • 5 min
  • Mis à jour le : 20 août 2026
  • Par David Chauvet

Au Pérou, le jour des défunts n'est pas une journée de deuil silencieux. Dans les cimetières, on danse, on mange, on trinque auprès de ceux qui nous ont quittés. Héritée à la fois des traditions andines et du catholicisme, cette fête haute en couleur témoigne d'un lien toujours vivant entre les Péruviens et leurs ancêtres. Des cérémonies de l'Ayamarcai célébrées par les Incas aux réunions familiales d'aujourd'hui autour des tombes fleuries, plongez dans l'une des traditions les plus fascinantes du Pérou.

Une tradition qui remonte aux Incas

Les Péruviens n’ont pas attendu l’arrivée de l’Église catholique sur leur territoire ni de la fête de la Toussaint pour accorder une place importante à leurs défunts. Il y a des siècles déjà, les Incas honoraient leurs morts pendant un mois entier lors de l’Ayamarcai, qui avait lieu le onzième mois du calendrier inca (ce qui correspond approximativement au mois de novembre).

Pour les Incas, la mort n'était pas une fin mais un passage vers une autre forme d'existence. Les ancêtres continuaient de veiller sur leur communauté, tandis que leur famille apportait régulièrement des offrandes de nourriture, de boissons ou de feuilles de coca sur leurs lieux de sépulture. Au moment de la conquête espagnole (1531 –- 1572), malgré la faim qui régnait parmi les tribus conquises, les Incas continuaient d’apporter des vivres à leurs défunts.

Des momies comme guest star

Les corps des souverains Incas, mais aussi bien souvent de leurs épouses, des adolescents et enfants sacrifiés étaient momifiés. Les souverains continuaient d'être choyés, habillés de tissus chatoyants, parés de bijoux en or et défilaient parfois lors de cérémonies importantes.

Aujourd'hui, la religion catholique prédomine au Pérou, mais l'importance accordée aux défunts demeure. Le dia de los Difuntos, célébré le 2 novembre, est d'ailleurs distinct de la Toussaint, témoignant de la place singulière qu'occupent les ancêtres dans la culture péruvienne.

Quand le Pérou entre en fête

Pendant 3 jours, le Pérou change de rythme. Le 31 octobre, le pays célèbre la musique criolla, un style mêlant polka, valse et musique afro-péruvienne. De quoi mettre dans l’ambiance la population qui s’apprête à fêter les saints (dia de los Santos) et les défunts (dia de los Difuntos).

Le 1er novembre, lors de la Toussaint, les Péruviens se rendent à l’église pour prier les saints, avant de se rendre au cimetière ou de se lancer dans les préparatifs des festivités du lendemain.

Puis vient le 2 novembre, le jour où les morts retrouvent symboliquement leur place parmi les vivants. Les Péruviens se rendent aux cimetières pour rendre hommage à leurs proches décédés (famille, amis...). Dès les premières heures de la matinée, des familles entières affluent les bras chargés de fleurs, de nourriture et de boissons. Les cimetières reprennent vie, se parent de fleurs, de photos, de bougies, d’offrandes…

Très vite, la musique s'invite. Ici un groupe de mariachis. Là un orchestre andin. Plus loin, quelques musiciens improvisent les chansons préférées du défunt. On chante, on rit, parfois on pleure. On évoque des souvenirs et on partage un repas près de la tombe. La joie et la tristesse sont entremêlées, toutes les émotions sont bienvenues.

Des cadeaux pour les défunts
Des cadeaux pour les défunts © Mitos del Cusco Puccaponcho

Des présents pour les absents

L'idée est simple : accueillir les défunts avec ce qu'ils aimaient de leur vivant. Sur les tombes s'accumulent ainsi fleurs, bougies, photographies, chapeaux, tissus colorés, bijoux ou encore les objets que le défunt affectionnait.

La nourriture péruvienne occupe également une place centrale : on partage du lechon (cochon de lait rôti), des tamales à base de maïs et de la chicha, de la bière andine. Parmi toutes ces offrandes, les plus emblématiques restent les t'anta wawas, de petites brioches sucrées en forme de bébé dont le nom signifie littéralement « enfant de pain » en quechua. Parfumées à l'anis, à la cannelle ou à la vanille, elles sont déposées sur les tombes ou suspendues comme des guirlandes. On trouve également des pains en forme de cheval ou d'échelle, des symboles associés au voyage de l'âme vers l'au-delà.

À travers ces présents, les familles ne cherchent pas seulement à honorer la mémoire des défunts : elles perpétuent le lien qui les unit encore à eux.

Pleuvra, pleuvra pas ?

Il existe une tradition ancestrale et orale qui dit que le temps reflète l’état des « âmes bénies ». S'il pleut au moment des visites, cela signifie que les personnes décédées arrivent en larmes car leurs proches ne se sont pas souvenues d’elles au cours de l'année. En revanche, une journée ensoleillée signifie que les défunts sont joyeux, leurs familles s’étant souvenues d'eux.

 

Le pain wawa bébé
Le pain wawa bébé © Nayruth
Pains wawa en tous genres
Pains wawa en tous genres © Vladimir Vargas

Où vivre le dia de los Difuntos ?

Dans les petits villages d'altitude comme dans les grandes villes, aucun cimetière n’est épargné. Lors de votre voyage au Pérou, vous pourrez donc participer au dia de los Difuntos où que vous soyez.

L’un de mes endroits préférés pour assister à ce jour particulier est le cimetière de Nueva Esperanza, en périphérie de Lima. Il s'agit là de l'un des plus grands cimetières d'Amérique du Sud. Imaginez : les mausolées et tombes s’étendent à perte de vue sur un territoire de 60 hectares de montagnes arides. On estime le nombre de sépultures à plus d'un million. De quoi se laisser traverser par une petite sensation de vertige !

Le jour des défunts, le cimetière se transforme en véritable fourmilière humaine. Des milliers de personnes sillonnent les chemins de terre à la recherche d'une tombe parfois difficile à retrouver. Certaines familles marchent plusieurs kilomètres pour atteindre la dernière demeure d'un parent. Pensez à prendre de bonnes chaussures pour partager ce jour de fête avec les Péruviens.