Voyager en toute autonomie Ou l’art de flâner, s’étonner et se perdre

Qu’est-ce qu’un voyage réussi ? Faut-il apprendre à lâcher prise pour mieux découvrir un pays ? Doit-on continuer à voyager ? L’interview d’Alain Capestan, pdg de Comptoir des Voyages

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Quelle est votre philosophie du voyage ?

« Le voyage ne devrait être que surprise, imprévu, rencontre et étonnement, en fait tout l’inverse d’un programme. Je parle d’un voyage plus suggéré et moins guidé, où l’on rencontre des habitants, où on prend des transports locaux. Une découverte de la vie locale contemporaine et pas seulement des monuments et des musées. Un voyage où l’on se perd en flânant, où l’on déguste la street food, où l’on s’essaye à la pratique des activités locales.

Un voyage qui permet de comprendre, d’apprendre, de sentir, de ressentir.

Un voyage où l’on se perd un peu pour mieux se retrouver, un voyage qui est fait d’apprentissage, de spontanéité et donc de nécessaires aléas. Un voyage où la quête de l’autre et l’errance n’ont pour conséquence ni de perdre du temps mais juste d’oublier l’heure, ni de se mettre en danger, mais juste de sortir de sa zone de confort pour s’émouvoir. Ça ne s’organise pas l’émotion et c’est difficile de la provoquer, il faut rendre le voyageur libre en lui donnant les moyens de cette liberté.»

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Laisser place à l’imprévu serait le sésame pour un voyage réussi ?

« Oui, j’ai la conviction que les voyageurs font l’objet d’une assistance devenue trop importante, qui nuit à la flânerie, à l’étonnement et à l’errance, qui sont, pour moi, des composantes inhérentes et essentielles d’un voyage. Je vais caricaturer mais, trop souvent, et en dehors des pays européens ou d’Amérique du Nord, les voyageurs sont pris en charge dès leur descente de l’avion, accompagnés, transportés, protégés. Un parcours sans faute, sécurisé, dans lequel rien ne doit être laissé au hasard. La rencontre ? Pas le temps, ou alors triée sur le volet. En fait, on assiste le voyageur pour qu’il en voit le plus possible en un minimum de temps. Voir tous les spots, cocher toutes les cases, cette frénésie boulimique de visite ne laisse plus de place pour la rencontre, et toute quête est considérée inutile, alors qu’elle est l’essence même du voyage. »

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Comment éviter cela ?

« Il faut redonner le pouvoir aux voyageurs, lui permettre de maîtriser son emploi du temps, son rythme, lui permettre de choisir, de changer d’avis, d’annuler ou de reporter s’il y a trop de monde. Chez Comptoir des Voyages, nous repensons le voyage comme une expérience d’autonomie et de découverte. Cela oblige paradoxalement à beaucoup plus de conseils, d’informations et l’utilisation d’outils modernes riches pour se mouvoir sur le terrain, tout en laissant les voyageurs acteurs et autonomes durant leur périple.

C’est pourquoi nous avons créé des services qui permettent aux voyageurs de reprendre l’initiative :

Le Kiosque, une revue de presse pour s’informer avant le départ, Luciole, notre appli pour se mouvoir sur le terrain, les rencontres avec nos Welcome Hosts et nos expériences, véritables tranches de la vie contemporaine. Des services où l’humain et la technologie s’allient pour le meilleur. »

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Faut-il continuer à voyager, au vu du contexte climatique ?

« Le tourisme, en particulier l’avion, est un contributeur important aux émissions de CO2. En attendant des solutions technologiques, il est essentiel de privilégier les vols directs et les appareils modernes moins polluants. Dans la mesure où notre activité a une utilité sociale et économique importante, il me semble que nous devons encourager nos voyageurs à adopter des mobilités douces, une tendance de plus en plus appréciée de nos clients. Il faut certainement voyager moins souvent et plus longtemps. Nous ne proposons plus de voyages très courts depuis plusieurs années. Nous orientons aussi nos voyageurs vers des hébergements bas carbone et des pratiques locales de consommation en circuits courts. Par ailleurs, nous finançons d’importants programmes de reforestation qui contribuent à absorber les émissions induites par nos voyages. Le voyage doit rester un échange respectueux, créant de la valeur pour les économies locales, tout en préservant notre planète. »