Remonter le Passage intérieur en ferry

  • 4 min
  • Mis à jour le : 4 mai 2026
  • Par Manon Pointeaux

Quand on pense à l’Ouest canadien on imagine sans peine les montagnes des Rocheuses et leurs lacs couleur émeraude ou encore les vastes forêts de sapins qui bordent les routes sans fin de la Colombie-Britannique, du Yukon et de l’Alberta. Aujourd’hui, je vous emmène découvrir un autre trésor de cet immense territoire, la côte Pacifique et ses îles plus sauvages les unes que les autres. Pour cela, embarquez avec moi à bord d’un ferry pour une traversée du Passage intérieur, longue voie maritime qui s’étend de l’État de Washington à l’Alaska.

Port Hardy dans les pas des Premières Nations

Notre voyage le long du Passage intérieur débute en Colombie-Britannique au nord de l’île de Vancouver. Le ferry public, BC ferries, qui navigue le long de cette voie maritime exceptionnelle, part en effet de Port Hardy. Dans ce village portuaire, les traditions des Premières Nations Kwakiutl, Gwa’Sala-‘Nakwaxda’xw et Quatsino sont encore bien présentes.

Je ne saurais que trop vous conseiller la visite de la Copper Makers Gallery, créée par le sculpteur Calvin Hunt, fils d’un chef kwakiutl, une communauté vivant sur la côte nord-est de l'île de Vancouver depuis des temps immémoriaux. À peine franchies ses portes, on est saisi par l’odeur sèche et résineuse du bois de cèdre utilisé dans les sculptures. À la fois atelier et galerie, la Copper Makers Gallery nous permet en effet d’observer le travail des sculpteurs et d’admirer totems, canoës traditionnels, masques de cérémonies… Autant d’objet qui racontent la culture des Kwakiutl et transmettent des savoirs ancestraux aux générations futures.

Premières rencontres avec la faune du Passage intérieur

C’est le lendemain de ma visite de la Copper Makers Gallery que je commence réellement ma traversée. Le départ est en effet prévu à 7 h 30 mais les passagers doivent se présenter à l’embarcadère 1 h 30 environ avant le départ.

À cette heure, la brume s’étire encore le long des petites îles dispersées ici et là et qui ouvrent la voie. Tentée un moment par un petit déjeuner au café du navire, je me souviens au dernier moment que j’ai réservé un siège dans le salon panoramique du ferry, l’Aurora Lounge.

Et c’est confortablement installée que j’assiste à un autre petit déjeuner, celui de la faune marine peuplant le Passage intérieur. Dauphins, marsouins, baleines ou encore lions de mer profitent en effet des premières heures pour se nourrir.

Au printemps, les baleines longent le Passage intérieur. © Elissa Title/Stock Adobe

Au cœur de la réserve de Hakai Lúxvbálís

Après quelques heures de navigation et un passage au Canoe Cafe pour commander une salade – le restaurant ne propose malheureusement aucune spécialité typique de l’Ouest canadien –, le ferry fait son entrée dans la réserve de Hakai Lúxvbálís.

La réserve de Hakai Lúxvbálís (120 000 ha) est la plus vaste zone maritime protégée de la Colombie-Britannique. Accessible uniquement par mer ou par les airs, elle combine lagunes et plages, petites îles et collines boisées. Les paysages sont somptueux et abritent de nombreuses espèces.

Côté mer, beaucoup de cétacés – orques, baleines grises, baleines à bosse – et une avifaune variée : mouettes, guillemots, huîtriers, cormorans… Côté terre, grizzlis et ours noirs, cerfs de Virginie et castors ont élu domicile dans la forêt et au bord des rivières.

Certains ferries font escale à Bella Bella pour que leurs passagers puissent partir à la découverte de ce trésor du patrimoine naturel. Ce n’est pas le cas du mien mais je me console parfaitement en admirant ce spectacle armée de mes jumelles.

© Xavier Popy/Réa

Paysages du bassin de la Reine-Charlotte

À ce moment de l'itinéraire, mon voyage dans l’Ouest canadien se poursuit dans les détroits et canaux du bassin de la Reine-Charlotte. Cette profonde baie entaille le centre-ouest de la Colombie-Britannique. Bordé au nord par les îles d’Haïda Gwaii, les « Galapagos canadiennes », le bassin de la Reine-Charlotte relie l’océan Pacifique à l’ouest à un ensemble d’îles, d’anses et de fjords à l’est.

La encore, je ne regrette pas d’avoir glissé des jumelles dans ma valise pour le Canada. Bercée par les vagues, je laisse mon regard glisser d’île en île tandis que le ciel se colore peu à peu de nuances poudrées. Et alors que j’assiste au coucher de soleil sur les fjords, je devine au loin le village de Klemtu, notre dernière escale sur la route de Prince Rupert.

Terre de la communauté Kitasoo/Xaixais et royaume de l’ours blanc Kermode, Klemtu a fait le pari de l’écotourisme. La petite municipalité se mobilise en effet pour préserver sa forêt pluviale et protéger l’ours Kermode qui s’y épanouit. Une preuve supplémentaire de la sagesse des Premières Nations, qui ont tissé au fil des siècles d’étroites relations avec la nature.

© michael/Stock Adobe - © Shana Van Roosbroek/Unsplash

La traversée du Passage intérieur en ferry

Départ : Bear Cove, sur la côte nord-est de l’île de Vancouver, à 10 minutes environ de voiture de Port-Hardy

Arrivée : terminal Prince Rupert, à 10 minutes de route de la ville éponyme, au large de la côte nord-ouest de Colombie-Britannique

Durée de la croisière : de 18 h 30 (escale à Bella Bella) à 22 h (escales à Bella Bella et Klemtu)

Extensions possibles : au départ de Prince Rupert, il est possible de rallier les îles d'Haïda Gwaii ou de rejoindre l’Alaska