Omonia, le ventre d’Athènes
Quoi de plus local qu’un marché débordant de fruits, légumes et autres spécialités du cru ? Quoi de plus grec qu’un brouhaha où se mélangent apostrophes enjouées des maraîchers, âpres négociations des yayas et parfums d’origan ? Le quartier populaire d’Omonia, ses halles Varvakios et les rues alentour, c’est tout cela à la fois. Excepté le dimanche, il s’anime chaque matin pour le plus grand bonheur des Athéniens et des voyageurs curieux de vie locale… Je vous emmène aujourd’hui dans ce ventre d’Athènes, à la rencontre de ceux qui l’animent.
Les halles d’étals en étals
Lorsque j’arrive aux environs de 7 h, l’animation bat déjà son plein dans les halles. La pêche du jour est en effet arrivée dans ce qui est le plus grand marché aux poissons frais d’Europe. Aux reflets argentés des sardines et maquereaux, répondent le rose des crevettes cuites et l’orange vif de la poutargue. Plus loin, des yayas accompagnées de leur volumineux cabas patientent devant les étals des bouchers. Chacun a sa spécialité : viande de mouton, petit gibier, parties nobles du bœuf en prévision des prochaines festivités… Entre deux allées, des gargotes sans prétention permettent aux plus affamés de se restaurer sur place. Mais il est encore tôt, trop tôt pour faire griller mon poisson ou commander une côtelette d’agneau cuite à l'origan et au citron. Je décide donc de quitter le marché Varvakios pour partir explorer les rues alentour.
| Le ventre d’Athènes Si Paris a son marché de Rungis, Athènes a ses halles : Varvakios Agora. Baptisées du nom du mécène qui les finança, Ioannis Varvakis, elles ont été édifiées en 1886 dans le style néoclassique. |

Le plein de Méditerranée
Je commence par la rue Aristogitonos, où se tient le marché de fruits et légumes. Tomates rubicondes, poivrons rondouillards et citrons éclatants y côtoient miels à la robe ambrée et fromage frais mousseux. Difficile de résister à l’appel des saveurs typiquement grecques, d’autant que les maraîchers sont d’habiles commerçants. L’un d’entre eux me fait goûter l’une de ses pastèques et c’est le menton plein de jus que je le quitte, mon sac alourdi par le poids d’un gigantesque melon. Quelques centaines de mètres plus loin, nouvel arrêt au numéro 17 de la rue Sofokleous. Cette fois, c’est pour acheter des olives, dont on trouve ici quelque 30 variétés, en provenance de toutes les régions de la Grèce.

Pépites de la rue Evripidou
Direction ensuite la rue Evripidou, où au numéro 57, se trouve le magasin d’épices Anestis. Le propriétaire éponyme est un Grec originaire de Turquie. Membre de la communauté grecque qui florissait jadis à Istanbul, il est arrivé à Athènes en 1980. Son magasin d’épices est ouvert depuis cette date et il emploie de véritables connaisseurs d'épices, dont beaucoup viennent du Pakistan ou du Bangladesh. Si votre séjour à Athènes vous mène dans sa boutique, je vous recommande sa tsaitouvounou, une tisane grecque de montagne conseillée pour les froides nuits d’hiver.
Plus loin, deux charcutiers d’origine arménienne se disputent le titre de meilleur pastrami d’Athènes. D'un côté, Arapian et son pastrami confectionné d'après une recette familiale. De l'autre, Miran, dont la boutique est tapissée d'un mur végétal. Si vous souhaitez les départager, une seule solution : faire comme moi et goûter vous-même le pastrami. Arapian comme Miran se feront un plaisir de vous en offrir une tranche.
Spécialités des Karamanlides
Une fois départagés les frères ennemis du pastrami, je décide de poursuivre mon odyssée gourmande juste en face, dans un lieu tenant à la fois de la fromagerie et de la taverne : Ta Karamanlidikatou Fani. Autour d’un comptoir exposant fromages et charcuterie, quelques tables occupées ce jour-là de voyageurs originaires de Macédoine, au nord de la Grèce. Comme moi, ils sont venus pour se régaler de spécialités karamanlides (communauté de chrétiens orthodoxes grecs turcophones, n.d.l.e) et d’une vaste sélection de mezedes, les tapas grecques, qu’accompagnent ouzo ou tsipouro.

Tavernes et cantines des halles
C’est le ventre repu que je reprends la route. Il est bientôt 15 h et dans les halles, la majorité des étals sont désormais vides. Mais les tavernes, elles sont bien ouvertes. Parmi ces dernières, Filoi est connue pour ses brochettes de viande grillée et sa patsas, une soupe de… tripes dont on dit qu’elle soigne les gueules de bois. N’ayant pas le cœur suffisamment vaillant, je choisis de m’attabler dans une taverne voisine : Stoa ton athanaton. Là encore, on y sert un menu typiquement grec, accompagné d'un très bon vin maison. Olive sur la feta, les vendredis et samedis soir, de 22 h 30 au petit matin, et le dimanche de 14 h à 19 h 30, la taverne se transforme en haut lieu du rebetiko, un genre musical propre au pays. Cette fois, c’est sûr : il me faudra revenir à l’occasion d’un prochain voyage en Grèce.
Les halles d'Athènes
Horaires : du lundi au samedi à partir de 6 h 30 ; fermeture des commerces vers 15 h ; ouverture des tavernes du midi au soir
Mes adresses alentour : Anestis, Evripidou 57, Tél. : 2103215472 || Arapian, Evripidou 41, Tél. : 2103217238 || Miran, Evripidou 45, Tél. : 2103217187 || Ta Karamanlidikatou Fani, à l’angle des rues Evripidou et Sokratous.