Narvik et la Laponie norvégienne en train
Aucun voyage en Norvège ne ressemble à l'autre tant le pays recèle des merveilles. Certaines sont attendues – les îles Lofoten, Bergen et les fjords… – d'autres plus confidentielles. Et ce sont celles-ci qui réservent les plus belles surprises. En plein cœur de l'hiver en Laponie norvégienne, j'ai réalisé un des plus beaux voyages en train pour rejoindre Narvik, le terminus. Mais je ne vous en dis pas plus, lisez plutôt.
Des plateaux suédois aux fjords de Norvège
En prenant le train de Riksgränsen à Narvik, mieux vaut être assis du côté de la fenêtre. Après avoir passé la frontière entre la Suède et la Laponie norvégienne, le train quitte les hauteurs et entame une longue descente vers le niveau de la mer. Rapidement, la vue sur les fjords et les montagnes devient hypnotique.
Le paysage change du tout au tout et les plateaux suédois laissent désormais place aux pentes accidentées de la Norvège. Le manteau neigeux baisse en même temps que l’altitude et la végétation se fait quant à elle plus dense. Les kilomètres ne sont pas forcément nombreux mais les changements de décors sont visibles et frappants. Entre le bleu de l’eau et le blanc de la neige, le panorama me laisse rêveur. Le temps est comme suspendu.

Premières images de Narvik
Arriver à Narvik en train est à mes yeux la plus belle manière de faire son entrée dans la ville. De loin, je commence par la deviner plus bas, et puis, je la découvre, au fil des virages et des instants précieux.
Une fois sur le quai, il faut seulement quelques minutes pour rejoindre le centre-ville et voir de quoi le cœur de Narvik est vraiment fait. Un port omniprésent, des paquebots internationaux, du minerai de fer tout puissant, une station de ski, des immeubles, des hôtels, des centres commerciaux, Narvik est en fait à première vue surprenante. Pas forcément charmante.
C’est la Norvège du Nord, celle qu'on appelle Laponie norvégienne, mais c’est aussi la Norvège industrielle, pas la plus attirante pour les vadrouilleurs. La beauté de Narvik, qui existe tout de même, ne frappe pas au premier regard. Il faut aller plus loin, observer d’un autre œil, chercher un autre angle.
Narvik, la ville qui a failli disparaître Pendant la Seconde Guerre mondiale, Narvik a été si intensément bombardée que les habitants ont dû fuir dans les montagnes. La ville a été presque entièrement détruite. Lorsque les combats ont cessé, les premiers habitants sont revenus malgré les ruines et le froid. Ils ont rallumé les poêles, réparé les toits, reconstruit les maisons. En quelques semaines, la vie a repris, fragile mais déterminée. Narvik porte encore les traces de ce triste épisode de l'histoire norvégienne. |
Bien plus que la porte d'entrée des Lofoten
Narvik est souvent présentée comme une ville étape, un relais. Elle ne figure pas parmi les destinations prisées d’un voyage en Norvège, mais ce n’est pas pour cette raison qu’il faut la mépriser. Narvik a quelque chose d’autre. Dure, froide, grise, elle réserve tout de même des surprises à qui sait les dénicher. Par exemple, marcher au bord et au-dessus de la mer le long des rues Terneveien, Ørnveien, Lomveien, Vassvikkaia et Strandveien est très sympathique.

En retournant au centre, faire une petite pause et pourquoi pas une petite photo devant le signe montrant les distances kilométriques avec certaines capitales mondiales n’est pas non plus à exclure. Pôle Nord, 2407. Paris, 3104. Saint Pétersbourg, 1385. Le contexte géographique est planté. La halle aux poissons, très proche, est probablement le meilleur endroit de la ville pour acheter des spécialités locales.
Prendre de la hauteur à Narvikfjellet
Plus tard, je m’enfonce un peu plus dans les terres pour rejoindre Narvikfjellet. Je zigzague dans les petites rues qui montent, j’avance prudemment pour ne pas glisser sur la glace, je gagne de la hauteur pas à pas. À mesure que je grimpe, la ville disparaît derrière moi et les paysages de la Laponie norvégienne s’ouvrent, immenses, silencieux, presque irréels.

Plus je monte, plus je suis subjugué par la grandeur de l’endroit. Je devine des îles au loin, comme des ombres posées sur l’eau, et la chaîne magique des Lofoten qui se dessine à l’horizon. Droit devant moi. Comme un appel. Comme une invitation. L’altitude efface peu à peu les défauts de Narvik et rappelle à quel point la région, elle, demeure magnifique, brute, indomptable.
Entre coups de cœur et coups de gueule, Narvik se révèle ainsi : intrigante, déroutante, capable de séduire autant que de bousculer. Et c’est peut-être ça, au fond, son plus grand atout, ça et le fait qu'elle est le point de départ idéal pour découvrir les îles Lofoten.