La feuille de coca
Cet article est antécédent à 2022
Qui dit coca, dit cocaïne, ainsi sont faits les raccourcis de la pensée humaine. Si la feuille de coca fait bien partie des ingrédients de la drogue, isolément elle n’en est pas une ! Un peu comme si vous disiez que la farine c’est de la tarte aux pommes… La feuille de coca fait partie de la culture andine depuis plus de 4 000 ans. Elle a tenu et tient aujourd’hui encore un rôle social et économique pour le Pérou. À la fois auréolée de nombreuses vertus et pointée du doigt, la coca représente le bien et le mal. Trrremblez (comme une feuille) !
Coca, feuille de route…
L’arbre à coca fait son apparition dans les Andes vers l’an 2 000 avant J.-C. Les civilisations indiennes de la sierra en découvriront les nombreuses vertus. Mâcher les feuilles permet de lutter contre les symptômes du soroche, le mal d’altitude.
La coca, riche en vitamines et sels minéraux donne aussi de l’énergie, calme la sensation de faim, de soif et de fatigue. Sans réellement le savoir, les Indiens ont dans leurs mains une des plantes les plus nutritives sur terre !

Des siècles plus tard, la civilisation Inca, à la structure sociale stricte, s’en appropriera le monopole. La production sera contrôlée puis distribuée de manière hiérarchique ! Outre les prêtres et les médecins, les chaskis (messagers) feront partie des privilégiés pouvant consommer la feuille sacrée afin de les aider à parcourir de longues distances. Au fil du temps, la coca multipliera les fonctions, servant à la fois de boisson, de nourriture, de monnaie, jusque dans les rites religieux, où l’Inca faisait des offrandes de coca au dieu Soleil.

Lorsque les conquistadores renversèrent l’empire Inca au XVIe, la feuille de coca cessa d’être réservée à l’élite, désormais inexistante. Les Indiens se remirent donc à consommer librement la feuille, en infusion ou à mâcher pendant l’effort. Mais en 1659, la Sainte Inquisition (pas réputée ouverte d’esprit) la condamna. Il n'y a bien que l’Inquisition pour condamner une plante inoffensive… Les vice-rois, qui vivaient sur place et qui avaient une autre appréhension, l’autorisèrent, non pour faire plaisir aux Indiens mais pour accroître la productivité des mineurs !

Le côté obscur de la feuille
Au début du XVIIIe siècle la coca est toujours inconnue du monde occidental. C’est le Français Joseph de Jussieu qui en 1750, l’apporte en Europe. Il faudra attendre presque un siècle de plus pour que l’Allemand Albert Niemann isole un des alcaloïdes de la plante : la cocaïne. Mais Albert joue un peu trop avec des gaz toxiques de son laboratoire et meurt prématurément à 26 ans. C’est donc son collègue Wilhem Lossen qui établira la formule chimique de la cocaïne, et en 1879 Wassili Von Anrep en établit les propriétés psychotropes. C’est beau la science !
Dans la famille Jussieu, je voudrais… |
La science permit aussi d’identifier dans la feuille de coca la présence de substances bénéfiques. La coca contient plus de calcium que le lait, plus de protéines que la viande, plus de fer que les épinards, une quantité importante de phosphore, des vitamines et minéraux. De plus, son rôle dans la stabilisation du rythme cardiaque et du taux de glycémie est prouvé et bien sûr sa qualité préventive contre le mal d’altitude. Il y a donc deux produits radicalement différents : la feuille de coca, issue d’une plante aux vertus quasi inégalées… et la cocaïne, drogue dangereuse qui utilise parmi ses 41 produits chimiques, un alcaloïde de la feuille de coca.

Que ce soit au Pérou ou en Bolivie, vous trouverez des feuilles de coca sur tous les marchés ! L’usage traditionnel, sain, perdure et le marketing actuel cherche des dérivés sans dangers, comme les gâteaux, les bonbons, le miel, la farine ou le dentifrice à base de coca.
Tout savoir sur la coca
Le musée de la coca, à Cusco, est à 5 minutes à pied de la Plaza de Armas : calle Palacio 122. Deux sympathiques Péruviennes se chargent de la visite, en espagnol ou en anglais.