Se ressourcer grâce au còsagach

  • 4 min
  • Mis à jour le : 31 mars 2026
  • Par Élisabeth Blanchet Burgot

En octobre 2025, lorsque la tempête Amy a frappé les Hébrides, j’étais à Oban pour suivre les traces de Robert Louis Stevenson. Très vite, le vent a imposé son propre rythme : celui des attentes forcées, des abris improvisés et des soirées suspendues. C’est là que j’ai compris ce que signifie vraiment le còsagach : cette manière profondément écossaise de trouver chaleur, calme et réconfort quand le dehors se déchaîne.

Le còsagach : un refuge intérieur

Qu’est-ce que le còsagach ? Une expression gaélique qui ne se traduit pas par un mot mais par un état d’esprit. Celui d’être bien au chaud, à l’abri, pendant que les éléments se déchaînent au dehors. Une forme de refuge, physique et mental, face aux tempêtes extérieures et… intérieures.

J’ai expérimenté le còsagach plusieurs fois lors de mes voyages en Écosse. Je l’associe à des moments suspendus, feutrés, hors du temps. Le plus récent remonte à octobre 2025, lors de l’arrivée de la tempête Amy sur les Hébrides. J’arrivais à Oban dans le cadre d’un voyage sur les pas du fameux écrivain écossais, Robert Louis Stevenson. L’idée : suivre les 500 kilomètres du Stevenson Way et raconter un petit bout d’Écosse, à travers les escales de cet itinéraire, figurant dans son roman Kidnapped paru en 1886.

Une impression de déjà-vu ?

Si cette expression gaélique n’a pas d’équivalent direct, elle n’est pas sans rappeler le hygge danois, le kos norvégien ou encore la Gemütlichkeit allemande. Derrière chacun de ces mots intraduisibles, se cache une seule définition : un sentiment de bien-être, au chaud, pendant que les éléments se déchaînent. Partout, on aspire à ce confort simple, à ces moments suspendus, seul ou entouré. À quand l’expression française ?

La còsagach, illustré en trois images : une maisonnette perdu dans la lande d'Écosse ; une silhouette devant un feu de cheminée ; un homme vêtu de tartan sirotant son whisky.
© Colin Meg/Unsplash - © Nathan Dumlao/Unsplash - © VisitScotland/David N Anderson

Oban, entre tempête et chaleur retrouvée

C’était un vendredi, en fin d’après-midi, les vagues déferlaient déjà sur la route longeant le port d’Oban. Nous étions au cœur de la dépression. Le vent rendait la marche périlleuse, les essuie-glaces des rares voitures encore en circulation luttaient contre la pluie et les rafales d’embruns. Mais qui dit Écosse – qui plus est un vendredi soir –, dit pub. Contre vents et marées et même sauvée d’une chute peu élégante par une large bitte d’amarrage, je réussis à atteindre l’Oban Inn. À l’intérieur, première sensation de còsagach : chaleur immédiate, bois sombre et patiné, odeurs familières de pub, conversations feutrées et ce sentiment d’être protégée.

Mais dehors, la tempête s’intensifiait. Le pub se vidait malgré l’heure encore précoce. Pas de Friday night Fever ce soir-là… Un autre type de fièvre glaçante déferlait sur la ville. Je regagnais mon charmant hôtel en longeant les vitrines des magasins. Derrière l’immense bow-window de ma chambre, j’observais les rafales balayer l’eau et la ville. À l’intérieur, la chaleur était enveloppante, presqu’excessive, la moquette épaisse et le fauteuil accueillant, tandis qu’au dehors, les lumières urbaines évoquaient une photographie nocturne de Saul Leiter. Je vivais un deuxième còsagach.

L'intérieur d'un pub écossais vu de la rue.
© Rob Wingate/Unsplash

Mon dernier còsagach

Le lendemain, les ferries étaient à l’arrêt. Mull, étape de ce circuit dans les îles, attendrait. Il fallait un plan B, que l’on trouva dans un hôtel-restaurant dont ni l’électricité, ni l’accès par la route n’avaient été coupés : le Falls of Lora. Une belle bâtisse de granite du XIXe siècle, au charme suranné, dont la grande salle de séjour évoquait une maison de famille : cheminée allumée, canapés profonds, tableaux, livres et bibelots d’un autre temps. Direction le bar. Il était temps de se remettre et de réunir les conditions idéales d’un nouveau còsagach : au coin du feu, lovée dans un canapé moelleux, pendant que la tempête grondait au-dehors. Un còsagach presque familial, partagé avec ceux que la tempête avait conduits jusqu’ici, et avec ces présences silencieuses que les vieilles maisons savent garder pour veiller sur les soirs de mauvais temps.

Portrait d'une vache des Highlands ébouriffée par le vent.
À quand un intraduisible pour exprimer la joie ressentie à la vue d'une vache des Highlands ? © Presetbase Lightroom Presets/Unsplash