Au balcon, l’Italie suspend son quotidien
Qu’on y étende son linge, qu'on y cuisine ses fritures ou qu’on s’y installe pour discuter entre voisins, le balcon est un lieu à part entière de la vie sociale et quotidienne dans le sud de l’Italie. Et, à certains, on y a suspendu un petit panier, en osier ou en plastique. Mais à quoi sert-il ? Suivez-moi dans les ruelles de Palerme, de Matera ou de Naples pour découvrir tous ses usages.
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L'astuce du paniere
C’est un étrange ballet que vous observerez peut-être en vous promenant dans les rues des quartiers populaires du Mezzogiorno, en particulier si vous prévoyez de visiter Naples ou Palerme. Depuis leurs balcons, des femmes montent et descendent des paniers suspendus au bout d’une corde. C’est le fameux paniere, aussi dit panaro. Qu’il soit en osier, comme le veut la tradition, ou qu’il ait été remplacé par de petites bassines en plastique ou même des seaux, c’est un incontournable de la vie de quartier dans le sud de l’Italie. Mais peu importe le matériau, l’âme du paniere, c’est l’usage qu’on en fait. Car ces magnifiques immeubles d’époque, aux façades souvent décaties, qui font la beauté des ruelles des centres historiques des villes du sud ont souvent de grands escaliers majestueux mais pas d’ascenseur. Alors, pour ne pas monter et descendre sous la chaleur écrasante des mois d’été, les habitants ont rusé.
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Le paniere au quotidien
Besoin de faire des courses ? On glisse un peu d’argent dans le paniere, qu’on descend ensuite jusqu’à la personne qui attend en bas, souvent un commerçant du coin ou un jeune du quartier. À mesure que le panier descend, on entend quelques mots vociférés depuis les hauteurs de l’immeuble : « du pain », « des œufs », « des pâtes ». Lorsqu’on entend, quelques dizaines de minutes plus tard, « Cala o’ panaro » – « Descends le panier » en dialecte –, c’est que les courses sont prêtes. Il manque un peu de sucre pour cuisiner ? On sort sur son balcon, on appelle la voisine du dessous et on lui descend son panier. Vos enfants ont oublié les clés en partant pour l’école ? En quelques secondes, les clés sont dans leur poche, quelques mètres plus bas.
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La solidarité résumée au paniere

Le paniere, c’est pratique mais c’est surtout un bel exemple de la solidarité qui existe (encore) entre les habitants des quartiers populaires du Sud. En mars 2020, lors du premier confinement en raison de l’épidémie de Covid-19, à Naples puis dans d’autres villes du Sud, des habitants avaient rempli leurs petits paniers qu’ils avaient ensuite laissés suspendus depuis leurs balcons avec le mot suivant : « Que ceux qui peuvent le remplissent, que les autres se servent ». Cette image a fait le tour du monde grâce à la chanteuse américaine Madonna. « Que Dieu bénisse l’Italie », a-t-elle commenté sur Instagram en dessous de la photo d’un panier en osier rempli de paquets de pâtes et de bouteilles de sauce tomate, ingrédients indispensables de la cuisine italienne.
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La paniere mais aussi le balcon
Mais ce que nous rappelle le paniere, c’est que la vie dans le sud du pays se passe aussi bien à l’intérieur des maisons que dehors, que le balcon est souvent une pièce à part entière et prolonge parfois l’appartement jusqu’à la rue. C’est là qu’on fait sécher son linge, sur de longs fils tendus le long du balcon, là aussi que, dès que l’ombre amène un peu de fraîcheur, des voisines installent une chaise et discutent d’un balcon à l’autre, là encore que certaines familles ont installé une cuisine pour frire en plein air, sans que l’odeur n’envahisse la maison. Lors de votre prochain voyage en Italie du Sud, n’oubliez pas de regarder au-dessus de vous ce qu’il s’y trame !