La vallée de la Mort en trois jours

  • 9 min
  • Mis à jour le : 9 juin 2026
  • Par Sophie Arié

Elle sonne comme une aventure un peu dangereuse, un peu romanesque… Sur la route des pionniers américains, la vallée de la Mort – Death Valley – est, en Californie, l’un des derniers bastions d’une nature aride et sauvage, une terre lunaire. À moins de cinq heures de route de Los Angeles, elle reste pourtant accessible aux voyageurs de l’Ouest américain. C’est au volant d’un bon véhicule, équipés de quelques réserves d’eau et de nourriture à bord, que nous avons décidé de nous évader pendant trois jours sur les routes (presque) désertes.

Nous sommes donc partis à la rencontre de l’Ouest américain, au cœur de la vallée de la Mort. Des tumbleweeds qui roulent dans le vent, les mines abandonnées, les routes sans fin au milieu du désert… c’était l’idée que je me faisais de l’endroit, qui finalement est bien plus que ça.

Jour 1

Sur la route des Jawhawkers

Et si l’on remontait le temps… et les routes ? Pour retrouver la trace des pionniers, nous avons pris la route de la Panamint Valley depuis Los Angeles, l’un des points de passage du parc national. Moins classique que les routes panoramiques de la California Highway 190 et de Badwater road, la route de Trona est aussi plus authentique. Elle garde les stigmates de la conquête de l’Ouest, et reste la route la plus proche de l’échappée des Jawhawkers, un groupe de prospecteurs perdus dans la vallée de la Mort.

Les Death Valley 49’ers, des pionniers dans la vallée de la Mort

En pleine ruée vers l’or, en 1849, un convoi qui quittait l’Utah pour prendre la route des filons aurifères de Californie se trouva piégé au cœur d’une vallée aride, sans ressources.

Après des mois d’errance, le convoi se sépara en deux groupes. Les Jawhawkers suivirent l’Ouest par la Panamint Valley. Les Bennet-Arcan trouvèrent quant à eux une sortie par le Sud. En quittant cette terre désolée, une femme lança, dans un dernier regard, « Goodbye, Death Valley », donnant un nom à la légende.

De palmiers en mesquite, de pavillons en mobil-homes, la route de Los Angeles vers le Nord-Est devient rapidement aride, et, après San Bernardino, plonge dans la poussière du désert de Mojave. Vers l’Ouest, la Sierra Nevada est enneigée et nous lui tournons le dos pour aller vers Trona, à l’Est, notre playlist en fond. L’entrée de la vallée est marquée par de gros amas rocheux peints, les Fish Rocks, puis par les Pinnacles, un champ de concrétions rocheuses qui s’élèvent dans la plaine désertique. La route longe le lac asséché de Searles et les sites industriels se succèdent dans un décor blanc de sel.

© Visit California/Carol M. Highsmith

Sur la route des mines

Trona en tête, les petites communes de la vallée vivent depuis la fin du XIXe siècle et encore aujourd’hui de l’exploitation de borax mais ne résistent pas aux sirènes du monde contemporain. On croise de nombreuses maisons et commerces à l’abandon, les habitants se sont rapprochés de Ridgecrest, plus proche des grands axes routiers.

L’étape suivante de notre road trip dans la vallée de la mort, le village de Ballarat, est à environ 3 miles (4,83 kilomètres) de la route de Trona. Fondé en 1897, il fut une petite ville d’environ 500 habitants. Les mines s’épuisèrent et Ballarat s’éteignit avant même l’année 1920 pour se laisser engloutir par le désert. Aujourd’hui peuplée de quelques camping-cars de passage, la ville fantôme lutte contre l’oubli. De nombreux curieux viennent prendre en photo les tombes des pionniers et les carcasses des vieilles voitures. La scène d’ouverture du film Easy rider fut tournée ici même, à Ballarat. À quel autre endroit auraient-ils bien pu tourner ? La légende est bien là.

Photo de deux touristes dans le dunes de Mesquite Flat Sand Dunes.
© Yuval Levy/Unsplash

Avant de rejoindre Stovepipe Wells, nous nous arrêtons à Mesquite Flat Sand Dunes pour une petite balade dans les dunes de sables. Le jour descend, le paysage flamboie, s’adoucit puis s’éteint, laissant une nuit des plus noires. Avec la nuit viennent le froid, les étoiles… et les bruits. Le désert et ses bestioles se mettent à crisser, à chanter, à grouiller : il est temps d’aller se coucher !

Jour 2

Les trésors du Sud de la vallée de la Mort, dans le regard des Bennett-Arca

La lumière se lève autour de 5 heures, nous sautons du lit pour admirer le lever de soleil sur les montagnes. On dit que les deux plus beaux points pour admirer le lever et le coucher du soleil sur la vallée de la Mort sont Zabriskie point et Dante’s View… mais nous préférons marcher tranquillement autour de Stovepipe Wells pour apprécier l’endroit tel qu’il est. Une plaque commémorative marque le site où un groupe de 49’ers dut se résoudre à brûler les chariots et abattre le bétail pour survivre. Les rayons du soleil tombent sur Panamint Range. Une dame promène son chien, et à quelques dizaines de mètres, un coyote qui rôdait par-là se met à hurler. Brrr… les rangers déconseillent d'amener son animal domestique dans le parc : deux ou trois chiens disparaitraient chaque année.

Au cœur de la vallée de la Mort

Un solide petit déjeuner américain et nous voilà partis pour le Visitors Center de Furnace Creek pour faire un point sur les sites incontournables de la vallée de la Mort, sur la biodiversité foisonnante du parc et sur quelques recommandations générales.

Recommandations générales dans la vallée de la Mort

Il est vivement déconseillé de :

  • Mettre sa main dans un buisson, dans un trou, sous les pierres
  • Entrer dans les anciens tunnels miniers ou les grottes
  • Goûter l’eau ou le sel au sol de la vallée
  • S’engager dans une randonnée sans eau potable ni protection solaire

En amont de la vallée, derrière le verdoyant golf de Furnace Creek se tient le discret village de la communauté autochtone des Timbisha Shoshone. Présents sur le large territoire de la vallée de la Mort depuis au moins un millénaire, ils furent peu à peu privés de leurs ressources et de leurs terres avec l’arrivée des pionniers. Après un accord avec les autorités, Indian Village fut créé en 1938 pour accueillir la communauté sur une petite portion de l’un des villages historiques des Timbisha Shoshone, près du golf de Furnace Creek. On estime qu’environ 50 habitants de la communauté y vivent aujourd’hui.

Composition de trois photos. En haut à gauche, une vieille voiture décapotable file sur la route. En haut à droite, des touristes observent la vallée de la Mort depuis le Dante’s View. En bas, une vue d'ensemble de la vallée.
© Monkey Business/Stock Adobe - © Visit California/Max Whittaker - © Visit California/Bongo

Mille et une couleurs

Nous commençons par Zabriskie Point, le site le plus visité du parc national de la vallée de la Mort. Célèbre, il domine les Badlands et le Golden Canyon et offre un beau point de vue sur les rills, les ravines creusées dans la roche aux mille nuances dorées.

Nous profitons du ciel voilé pour marcher ensuite dans le Golden Canyon. D’abord encaissé, le chemin s’ouvre sur les reliefs plissés par l’érosion. Au grès de la lumière et du soleil qui se découvre peu à peu, la terre est grisâtre, puis jaune, dorée, parfois rouge, du côté de Red Cathedral. Là, la vue sur la vallée est spectaculaire, avec en fond, la Panamint Range. Pour accompagner la fin de la marche, le soleil frappe davantage et la température monte brusquement avec le vent.

Une photo d'un thermomètre indiquant plus de 90 °F soit plus de 32 °C.
© Visit California/Max Whittaker

En descendant vers le Sud, par la Artists Drive, les reliefs d’Artists Palette révèlent les surprenantes couleurs de la nature, du vert pomme à la violine. Au Devil’s golfe course – « le terrain de golf du diable » –, on marche sur une croute de sel et de boue séchée. Nous suivons ensuite la vallée jusqu’à Badwater, près du chemin de la caravane des Bennett-Arcan. C’est le point le plus bas de l’hémisphère nord, situé à 85,5 mètres sous le niveau de la mer. À chaque étape, nous sommes heureux de pouvoir quitter la voiture, et les visiteurs sont beaucoup moins nombreux lorsqu’on s’éloigne des parkings.

Avant de rentrer à Stovepipe Wells, nous nous arrêtons à Salt Creek. Bordé d’un ponton de bois, le petit ruisseau qui s’écoule tranquillement au milieu du désert a quelque chose d’apaisant. Doux au milieu de la violence du désert, il est une oasis de vie, bordée de végétation, peuplée d’insectes et de petits oiseaux.

Jour 3

Désert de Mojave et ville fantôme de Calic

Ce matin, le soleil ne semble pas décidé à se lever : ça arrive ici aussi ! Le vent froid se faufile à travers les vêtements. Il souffle du Nord, c’est par là que nous irons. Nous profitons d’une visite du Scotty’s Castle, bien au chaud.

Au cœur du désert de la vallée de la Mort, le Scotty’s Castle est surprenant. Née de l’amitié improbable entre un assureur millionnaire et son escroc, la villa fut construite entre 1922 et 1930 dans le style des haciendas espagnoles. Elle collectionne les pièces et les décors fastueux. Là, dans la vallée de la Mort, il y avait alors l'eau courante, plusieurs salles de bains, un orgue mécanique, des pianos, un réfrigérateur…

Il est temps de quitter la Vallée de la Mort et ses tumbleweeds, en redescendant vers le Sud, pour le plaisir de se trouver face au grand désert de Mojave.

Le tumbleweed, la star de l’Ouest américain

Appelés « virevoltants » au Québec, les tumbleweeds – herbes qui roulent – racontent l’Ouest américain dans la culture populaire. De tous les westerns, ces buissons séchés qui roulent au vent dans les zones désertiques d’Amérique du Nord apparaissent souvent à l’écran pour symboliser l’aridité, la solitude ou encore la désolation.

Nous jetons un dernier coup d’œil, « Goodbye, Death Valley » en direction de la vallée pour admirer la chaîne des Panamint Range du haut de Dante’s View.

Composition de trois photos. En haut à gauche, une photo depuis la fenêtre d'une voiture sur les Joshua Trees (arbres de Josué). En haut à droite, un roadrunner ; en français un Geocoucou, un oiseau de désert. En bas, un aperçu de la ville fantôme de Calico.
Le géocoucou est un oiseau du désert extrêmement rapide, connu pour être Bip Bip dans les Looney Tunes. © Brady Jordan/Unsplash - © Frank Fichtmüller/Stock Adobe - © Christian Heeb/Hemis

Dans la poussière du désert de Mojave

Après Death Valley Junction, le village de Shoshone est connu comme le dernier point de ravitaillement avant la Vallée de la Mort. Pour nous, il est le dernier point de ravitaillement avant la route inter-Etats n°15 – Interstate route – et ses camions. Le désert s’étale en une large vallée bordée de reliefs rouges et érodés. Les villes notées sur la carte ne figurent parfois qu’une communauté de caravanes et pourtant, la route reste assez fréquentée… ici, on ne fait que passer.

A Yermo, notre route bifurque vers la ville fantôme de Calico. Sortie de terre en 1881 après la découverte d’un filon d’argent, elle connue une prospérité soudaine mais brève : elle fut abandonnée dès 1907 avec la fin de l’exploitation des mines. Les maisons de bois ont été rénovées, les boutiques de souvenirs se sont installées, et Calico est devenue aujourd’hui un paisible parc d’attractions. N’empêche, la vue sur le désert est belle et la petite école est charmante.

Le voyage dans l’Ouest américain se termine après Barstow, alors que se dresse face à nous la chaîne de San Gabriel. La végétation se fait plus dense, comme le trafic routier. La ville se rapproche et l’on rentre heureux d’avoir pu voir la Terre de plus près.