Therasia, tant proche que loin

  • 7 min
  • Mis à jour le : 25 juin 2026
  • Par Dimitrios Machairidis

Pour m’échapper du tumulte d’Athènes, je suis allé me reposer sur la petite île de Therasia. Calme et encore préservée du tourisme de masse, elle est située dans la caldeira de Santorin. Au programme de mon séjour : balade en VTT, repos dans une iposkafa, une habitation spécifique des Cyclades et surtout rencontres passionnantes et inspirantes. Une île qui appelle à ralentir durant son prochain circuit dans les îles grecques.

Une île chargée d’histoires

« Mon père est né à la frontière entre le Brésil et l’Uruguay. Marin, il est arrivé à Santorin en août 1979 à la suite d’un accident mécanique » commence Maria. En ces temps-là, Santorin n’était pas encore la destination touristique que nous connaissons aujourd’hui. Lorsque le père de Maria débarque sur la plage d’Akrotiri, le lieu ne compte qu’une seule taverne : The Cave of Nikolas. La première personne qu’il rencontre est la mère de Maria. Le coup de foudre est immédiat. Tous deux se marieront au bout de trois mois.

Maria Matsanto, restauratrice d’œuvres d’art à Therasia, la petite île méconnue située en face de Santorin, me dévoile l’histoire de sa famille dans l’église de Saint-Constantin. Je suis tombé sur elle quelques minutes auparavant, alors qu’elle apportait deux icônes restaurées au prêtre Loucas pour l’iconostase de l’église, qu’elle a aussi rafraîchie. Elle nourrit une tendresse particulière pour l’île. « Le temps ne vieillit jamais ici. Dès que tu poses le pied, tu oublies le stress » dit-elle.

Composition de trois photos illustrant l'île de Therasia. À gauche, deux bateaux ont jeté l'ancre au large de l'île. Au centre, un chat se prélasse à l'ombre des cloches. À droite, une terrasse invite à admirer la mer avec sa table et ses chaises bleues.
À Therasia, la vie ralentit, que l'on soit humain ou chat. © philipus/Stock Adobe - © Xuan Nguyen/Unsplash - © GianlucaFF/iStock

Le prêtre Loucas de Therasia, lui, me raconte qu’il est revenu sur son île d’enfance, son diplôme de théologie de l’Université d’Athènes en poche. Il aime vivre sur cette île intacte et calme. Au nord de l’île, nous sommes si proche de Santorin qu’on pourrait presque nous entendre crier de l’autre côté, à Oia.

Quand la terre a explosé

L’éruption volcanique colossale de Santorin vers 1613 avant J.-C., une des plus dévastatrices de l’Antiquité, a provoqué l’effondrement de la partie centrale du volcan et la création d’une vaste dépression circulaire, la caldera. Aujourd’hui, de l’ancienne île restent les îles de Santorin, Therasia, Aspronisi, Christiana, Palia Kameni et Nea Kameni ; deux îlots inhabitables.

Spontanément sa femme nous invite chez eux. Elle nous sert du café grec et des biscuits faits maison. Nous goûtons le miel que le prêtre produit avec ses propres ruches. C’est cette hospitalité grecque authentique qui a rendu les Cyclades célèbres il y a 60 ans.

Santa Irini, un rêve devenu réalité

Pour aller dans un de mes endroits préférés à Therasia, je me rends tout au nord de l’île, en face de Oia. Un peu au-dessus du village d’Agia Eirini, dans le « dème » de Thira, je retrouve la petite église de Santa Irini. Pendant des siècles, les marins vénitiens avaient comme repère cette église pour entrer dans la caldera et accoster au port d’Athinios, à Santorin (ou Thera en grec). L’église, elle, servait de maison d’accueil pour les pèlerins venant de Santorin.

C’est ici que je retrouve Paris Savvidis et son compagnon Dimitris Kriezis. Pour lui, cette église et le vignoble familial, dont il a hérité, représentent tous ses étés passés sur l’île. Paris, elle se souvient de sa première visite, comme si c’était hier. À partir du moment où ses pieds ont foulé le sol therasiote, son désir ; né à l’époque de ses études ; de créer un lieu accueillant d’où les visiteurs repartiraient le cœur chargé de belles impressions, s’est réveillé. L’idée a germé et leur jolie maison d’hôtes s’est élevée à côté de l’église, il est même possible dormir dans la sacristie. Le nom de leur hébergement était tout trouvé : « Santa Irini Retreat ».

Composition de trois photos illustrant la maison "Santa Irini Retreat". En haut à gauche, la terrasse ombragée où l'on peut se retrouver pour manger. En haut à droite, deux hommes posent devant la barrière rouge de la petite église. En bas, un aperçu de l'intérieur, avec toujours une vue sur la mer.
© Santa Irini Retreat

L’architecture de la maison est sublime et je m’installe dans une chambre typique cycladienne. Le plafond vouté et les murs peints à la chaux m’évoque les caves vigneronnes.

Ici, les voyageurs viennent avec l’idée de ne passer qu’une nuit, de ne faire qu’un aller-retour depuis Santorin. Et très vite, ils se rendent compte de l’atmosphère paisible de l’île, ne veulent plus repartir et ajoutent même quelques jours à leur croisière dans la caldeira de Santorin. Pour l’anecdote, Dimitris me confie même que quelques téléviseurs sont rangés dans un placard, au cas où on en demanderait un. Mais jusqu’à présent, personne n’en a eu besoin !

Une histoire de noms

Santorin ou Thera ? Therasia, Therassia, Thirassia ou Thirasia ? En Grèce, vous pourrez voir différentes appellations pour ces îles. Toutes sont valables. Personnellement, j’utilise Therasia.

Mon séjour dans les Cyclades coïncidait avec la fête de la Sainte Irène. Les pèlerins arrivèrent la veille, le 5 mai. Sur le parvis de l’église, Dimitris et Paris, avec quelques habitants préparent un bon repas, que l’on mange tous ensemble après la messe, c’est le panigyri (la fête). Au menu : tomatokeftédes, fava crémeuses et quelques fruits de mer grillés.

Échappée à Agrilià

Agrilià, la vieille capitale (presque) abandonnée est le meilleur exemple de l’architecture locale. À l’époque, les habitants se protégeaient des vents violents et des pirates en creusant la roche. Ce sont les fameuses iposkafa, ces maisons blanchies à la chaux, originaires de Santorin, qui font le charme des îles Cyclades. En contraste avec l’austérité des iposkafa, un marin Therasiote inspiré par ses visites en Amérique latine a peint la façade extérieure de l’église d’Agrilià de toutes les couleurs. Une des plus belles des Cyclades.

Ces maisons blanches sont caractéristiques de l’archipel de Santorin. À l’époque, l’extraction de cette « terre de Thera » constituait une source de revenu importante. Mélangée à la chaux, elle produisait des mortiers résistants à l’eau, idéals pour les ouvrages portuaires. Ce mélange fut notamment utilisé pour la construction du canal de Suez ou encore de nombreux ports en Méditerranée.

En chemin je croise Pantelis, le seul habitant d’Agrilià. Arrivé comme enseignant à l’école de Therasia, il n’est jamais parti. Il m’invite chez lui pour un verre de vin local.

Composition de trois photos. En haut à gauche, un homme rit à la table d'une taverne. En haut à droite, une vue de haut du port de Fira. En bas, une vue large de l'île de Therasia.
© Arié Botbol/Réa - © Bill Bachmann/Alamy/Hemis - © Jakob Otto/Wirestock/Stock Adobe

Therasia et le vin

Abandonnée pendant des décennies la viticulture du cépage blanc autochtone Assyrtiko fait un retour dynamique et est devenu le cépage blanc le plus connu de Grèce. Dans son vignoble de « Santa Irini Retreat », Paris m’explique les conditions climatiques difficiles de cette viticulture : terre volcanique déshydratée, vent fort et ensoleillement intense. La vigne pousse lentement. Pour contrer ce climat, ses sarments sont tressés en forme de couronne (couloura en grec) afin de protéger les grappes de la chaleur et du soleil. À l’intérieur des couloura, un microclimat se crée et l’humidité nocturne se dépose et nourrit les racines du cep.

La vigneronne Ioanna Vamvakouri est venue à Therasia pour un stage œnologique en 2004. Le défi d’un vin produit dans l’écosystème isolé et le microclimat unique de Therasia a été réalisé en 2017 en coopération avec Vangelis Gerovassiliou et Vassilis Tsaktsarlis. Le résultat : « Mikra Thira », l’unique vignoble de Therasia. C’est l’endroit parfait pour la dégustation du vin sec fruité Assyrtiko.

Dernières escales gourmandes

À « Santa Irini Retreat », c’est la Therasiote Flora Pitsikali qui est à la tête de la cuisine. Elle nous prépare une moussaka aux aubergines blanches, des beignets de petites tomates, une mousse de fève, des asperges sauvages aux œufs et le traditionnel gâteau de Pâques, melitini au fromage frais. À Therasia, chaque foyer est autonome. Les légumes viennent directement des potagers, les œufs des poulaillers, les herbes aromatiques et les figues des jardins. La terre volcanique donne un goût particulier aux légumes. « La morue crue marinée à l’huile d’olive et au citron, c’est notre sushi local » ajoute Flora en riant.

Le dernier jour, avant de prendre le bateau pour le port d’Athinios de Santorin, je m’arrête à Angistri, dans la taverne familiale d’Annezoula et de Nikos Syrigos depuis 1994. Seulement trois plats sont à la carte, le choix est rapide. Les poivrons farcis, la soupe de poisson et les courgettes aux œufs me font retomber en enfance et rivalisent avec les restaurants de Santorin.

Il est l’heure pour moi de rejoindre le bateau et d’entamer la traversée le long des cratères impressionnants du volcan. Je planifie déjà mon retour. Coup de foudre pour ce petit trésor cycladique, encore discret.

Mes conseils pour y aller

L’île de Santorin offre plusieurs accès à Therasia par la mer. Depuis le petit port Ammoudi de Oia, trois traversées par petit bateau rejoignent Riva. Si les conditions météorologiques sont favorables, le trajet ne dure que 10 minutes. Pour venir sur l’île avec sa voiture, il faut partir du port principal Athinios. Attention, il n’y a qu’un seul bateau par jour.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.