De Banff à Jasper, via l’Icefields Parkway

  • 9 min
  • Publié le : 1 septembre 2026
  • Par Jean-Marie Douau

Connaissez-vous la promenade des Glaciers ? Route mythique des Rocheuses canadiennes, elle a servi de base à ce road trip en Alberta et en Colombie-Britannique, de Banff à Jasper. Parti en septembre 2025, j'ai pu profiter de routes dégagées et de conditions météo favorables pour découvrir trois parcs nationaux de l’Ouest canadien : Banff, Yoho et Jasper. Sous les premiers feux de l'automne, resplendissaient les joyaux parmi les plus précieux de la nature canadienne : émeraudes et saphirs des lacs glaciaires ; diamants des cascades ; rubis et topazes des couchers de soleil sur les montagnes.

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De Banff à Lake Louise, canyon et lac glaciaire

📍résumé de l’itinéraire : Transcanadienne et Bow Valley | 59 km | environ 50 minutes

Arrivé dans la petite ville de Banff la veille au soir, je récupère mon véhicule de location et commence ce road trip dans l’Ouest canadien en suivant la rivière Bow (Bow River). Je ne suis pas pressé, cette première étape étant volontairement courte pour me donner le temps d’admirer les paysages des Rocheuses canadiennes.

Mon premier arrêt est à quelques kilomètres seulement, au point de départ du sentier du canyon Johnston. Une petite randonnée – facile mais assez fréquentée en haute saison – permet de rallier les chutes supérieures (2,4 km ; ascension : 215 m ; descente : 125 m). La marche, entrecoupée de passerelles et ponts en bois, est ludique et s’achève en beauté au belvédère dominant la cascade. Je suis tenté de poursuivre jusqu’à Ink Pots mais je n’ai pas pensé à glisser de bonnes chaussures dans ma valise pour le Canada. Ce sera pour une prochaine fois.

Usagers de la route à poils et à plumes

Sur la route, vous croiserez certainement wapitis, chèvres ou mouflons en goguette, qui s’aventurent régulièrement sur l’asphalte. Je vous déconseille de sortir de votre véhicule pour les prendre en photo (même si c’est tentant). La faune canadienne est imprévisible, sans compter qu’un autre animal peut toujours surgir à l’improviste, un ours par exemple et là, c’est une autre histoire.

Les monts Castle et Temple sont les sentinelles marquant mon arrivée à Lake Louise. Nichée dans les montagnes, la station doit son nom à la fille de la reine Victoria, épouse du gouverneur du Canada.

Le site du lac Louise (Lake Louise) est tout simplement exceptionnel. Un cirque de haute montagne se reflète dans le miroir du lac à l’ovale rugbystique, tantôt émeraude, tantôt céladon ou turquoise, selon la lumière ambiante. J’apprendrais de la bouche de mes hôtes que ces teintes irréelles sont dues aux alluvions glaciaires en suspension dans l’eau du lac Louise, qui réfléchissent les rayons verts du spectre lumineux.

À 20 minutes de marche de cette pépite du parc national de Banff, se trouve mon bungalow, rustique et douillet à souhait. Et c’est blotti dans un fauteuil confortable que j’admire la nuit dévaler les Rocheuses.

Composition de trois photos dans le parc national de Banff. À gauche, des promeneurs se baladent sur le chemin qui mène au canyon Johnston. Au milieu, une vue sur la route avec les montagnes et les pins autour. À droite, la photo, prise dans la voiture, montre un ours se baladant.
Ouvrez bien les yeux, il n'est pas rare de rencontrer des ours le long de la promenade des Glaciers… idéalement depuis sa voiture. © Jon Arnold Image/Hemis - © edb3_16/Stock Adobe - © Destination Canada
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Le lac Moraine au fil de l’eau

📍résumé de l’itinéraire : Moraine Lake Road | 15 km | environ 25 minutes

J’ai décidé de passer deux nuits dans la région du lac Louise pour prendre le temps de l’explorer. En cette nouvelle journée, ma voiture restera sagement stationnée. Pour rejoindre le lac Moraine (Moraine Lake), il existe en effet un service de navettes et j'opte pour cette solution moins gourmande en GES (gaz à effet de serre). Les bus de la Moraine Lake Bus Company opèrent 12 départs quotidiens et le prix d’un aller-retour est de 70 CAD pour un adulte (tarifs 2026 ; environ 45 EUR).

Le site du lac Moraine est encore plus spectaculaire que celui du lac Louise, et surtout beaucoup plus sauvage, les cimes légèrement saupoudrées de glace s’offrant des reflets étagés au milieu de l’écrin de forêt.

Je décide de m’offrir une balade en canoë (à 1 890 m d’altitude), qu’on peut louer à l’heure au Moraine Lake Lodge (à partir de 160 CAD ; tarifs 2026 ; environ 100 EUR). Le panorama s’anime à chaque coup de pagaie, passant de la carte postale classique à un cinémascope en couleurs DeLuxe. La balade est paisible et mon canoë à la couleur éclatante, très photogénique.

Au loin, j'aperçois des bestioles sautillant à flanc de montagne. Chèvres des montagnes ou mouflons bighorn ? Impossible à dire car, à ma grande honte, je découvre que mes jumelles sont restées à l’hôtel.

Composition de deux photos sur le lac Moraine. À droite, un mouflon canadien est perché sur un rocher.
© Mike Seehagel/Travel Alberta - © Jody Confer/Unsplash
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Le parc national Yoho et le lac Émeraude

📍résumé de l’itinéraire : Transcanadienne et Emerald Lake Road | 62 km | environ 50 minutes

Tôt le lendemain matin, j’emprunte la Transcanadienne, qui monte gentiment vers le col du Cheval-qui-rue (Kicking Horse Pass ; 1 625 m). Il marque l’entrée en Colombie-Britannique. Ici commence également le deuxième parc national canadien de cet itinéraire : Yoho, dont le nom vient du Cree, Yoho étant une exclamation pour marquer son étonnement. Et en effet : devant l’incroyable collection de lacs, montagnes, forêts et cascades, il y a plutôt de quoi rester bouche bée.

L’épopée du chemin de fer Canadien Pacifique

La construction de cette ligne mythique ralliant les provinces de l’Est à l’océan Pacifique commence en 1881. La portion franchissant les Rocheuses, via le col du Cheval-qui-rue est achevée en 1884. Mais la pente (4,4 %) est rude et les accidents s’enchaînent. Un second tracé est alors dessiné. Celui-ci emprunte deux nouveaux tunnels formant chacun une boucle (Spiral Tunnels) et longs de 800-900 mètres. Ce tracé, toujours actuel, offre le spectacle étonnant d’une locomotive émergeant de l’un des tunnels alors que ses derniers wagons ne l’ont pas encore pénétré.

Au pied du col, je roule jusqu’au bout de la route de la vallée de la Yoho, à 17 kilomètres au nord-est de Field pour rejoindre le point de départ de ma randonnée. Un sentier bucolique mène en effet aux tonitruantes et spectaculaires chutes Takkakaw (0,9 km ; peu de dénivelé ; environ 30 minutes). Alimentées par un glacier, les chutes dévalent une paroi de près de 400 mètres. La vue, le tonnerre assourdissant et les éclaboussures, tout est superbe et me laisse estomaqué. D’ailleurs en Cree, takkakaw signifie « c’est merveilleux ».

De retour sur la Transcanadienne, je dépasse Field et emprunte la bien nommée Emerald Lake Road. Au bout de neuf kilomètres, apparaît le lac Émeraude (Emerald Lake), un joyau qui porte parfaitement son nom.

Le lac fut « découvert » par Tom Wilson, employé de la Canadian Pacific également « découvreur » du lac Louise, entendez qu'il fut le premier homme blanc à atteindre les lieux. L’endroit, ravissant miroir des sommets et forêts alentour, est absolument parfait pour un pique-nique et c’est aussi le point de départ de nombreuses randonnées.

Faute de temps, je m’en tiens au sentier longeant le lac Émeraude, une boucle de 5,2 kilomètres le long d’un sentier un peu boueux mais entouré de montagne et glacier. Si vous êtes bons marcheurs, je vous recommande le chemin du lac O'Hara (22 km ; 6 h ; ascension : 430 m). Peu connu, ce lac est encadré par les monts Lefroy (3 423 m) et Victoria (3 464 m) dont les versants est dominent le lac Louise. Le panorama est somptueux et accessible uniquement aux marcheurs.

Composition de trois photos illustrant le parc national Yoho et le lac Émeraude. En haut à gauche, les chutes Takakkaw dévalent la paroi de 373 mètres. En haut à droite, un train de marchandise passe sur la courbe de Morants, un point de vue emblématique dans le parc national de Banff, près du lac Louise.
Avec une hauteur de presque 400 mètres, les chutes Takkakaw sont les deuxièmes plus hautes du Canada. © Robert Harding/Hemis - © Andy Holme/Unsplash - © Hendrik Cornelissen/Unsplash
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De Lake Louise au champ de glace Columbia, par le lac Peyto

📍résumé de l’itinéraire : AB-93 N (Icefields Parkway) | 131 km | environ 1 h 45

Je quitte la ville de Lake Louise et emprunte la promenade des Glaciers (Icefields Parkway), route mythique de 232 km reliant Lake Louise à Jasper et base rêvée d’un itinéraire dans les Rocheuses canadiennes.

En tournant la tête vers le sud-ouest, le glacier Crowfoot se découvre. Juste après, la route contourne le lac Bow alimenté par le glacier du même nom. Attiré par son toit rouge au ras des arbres, je prends un café au Simpson’s Num-Ti-Jah Lodge, construit en 1937 par un excentrique Anglais devenu trappeur. La vue sur le Crowfoot valait bien le petit crochet.

Les Rocheuses, livre de géologie à ciel ouvert

Le parc national de Yolo est l’écrin renfermant un joyau géologique : les schistes de Burgess et leur gisement de fossiles remarquablement bien conservés. Apparus il y a environ 540 millions d’années, ils apportent un témoignage capital de l’histoire et des débuts de l’évolution. Des marches assez engagées (de 7 ou 10 heures), limitées à une quinzaine de personnes et accompagnées par des guides qualifiés, peuvent s’effectuer à la carrière Walcott, du nom du paléontologue qui découvrit en 1909 l’ampleur des strates de fossiles. Exceptionnel, si on a le temps et qu’on est passionné par le cambrien.

Je passe ensuite le col Bow, le point culminant de la promenade des Glaciers avec ses 2 069 mètres. Juste après, un petit sentier mène au point de vue sur le lac Peyto. Alimenté par un glacier, il éclate d’un bleu ciel immaculé et a été baptisé ainsi en hommage à Bill Peyto, l’un des premiers gardes du parc national de Banff.

Continuant la route, je débouche sur la vallée de la Saskatchewan. Après une longue ligne plutôt droite, la route s’incurve en s’élevant brutalement au-dessus de la vallée jusqu’au col Sunwapta (2 035 m). Je pénètre alors dans le parc national Jasper et me retrouve au cœur de la calotte glaciaire la plus imposante du continent alimentant la Columbia, la Saskatchewan et l’Athabasca.

À proximité, se trouve un petit camping. Il n’est pas possible de réserver, la règle du « premier arrivé, premier servi » étant de mise, mais ce soir-là, coup de chance : il reste une place.

La photo montre du matériel pour se faire un café filtre même en randonnée, avec une tasse en métal estampillée Cariboo.
© Gabrielle Mustapich/Unsplash
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Champ de glace et chutes d’eau

📍résumé de l’itinéraire : AB-93 N (Icefields Parkway) | 105 km | environ 1 h 20

Depuis la cuisine commune du camping, je savoure mon café avec vue sur les glaciers avant de débuter cette dernière étape de mon voyage. Mais je ne reprends la route tout de suite, ayant décidé de participer à une excursion au départ du Icefield Glacier Discovery Centre.

Je grimpe donc à bord d’un imposant véhicule juché sur des pneus adaptés, pouvant accueillir une soixantaine de passagers. Nous voilà partis sur le glacier Athabasca long de 6 km et large de 1 km. Après une bonne montée, nous roulons à même la glace.
Le bus s’arrête et tout le monde descend. Nous sommes cernés de toute part ou presque par de hautes montagnes dont les sommets éclatent de la blancheur des glaciers tandis qu’à nos pieds, des rigoles d’eau s’écoulent dans les replis bleutés d’une glace vieille de peut-être 200 ans… C’est somptueux, mais il est temps de repartir.

La suite de l’excursion a pour but le Glacier Skywalk, un balcon transparent perché à 280 mètres au-dessus de la vallée de la Sunwapta. La vue doit être extraordinaire mais le site est trop fréquenté à mon goût. Je lui préfère donc la solitude et les chutes Sunwapta, une cinquantaine de kilomètres plus loin.

Sur fond de pics acérés, la Sunwapta, un affluent de l’Athabasca, se divise autour d’un minuscule îlot arboré avant de dégringoler d’une petite vingtaine de mètres, formant les chutes supérieures (Upper Falls). La rivière continue de cascader à gros bouillons dans un étroit et profond goulet encombré par des troncs d’arbres morts. Le débit semble assez phénoménal, tout comme le bruit d’ailleurs. Ce sont les chutes inférieures (Lower Falls). Plus loin, surgissent les chutes Athabasca, un peu plus hautes et peut-être encore plus furieusement écumantes.

Je ne suis plus très loin désormais de Jasper. Peut-être y resterai-je quelques jours pour prendre le téléphérique et admirer la vue à 360°, à moins que je ne poursuivre mon exploration du parc national à pied ou en canoë. Tout est encore possible…

Photographie de wapitis dans le parc de Jasper, bloquant le bout d'un pont.
Des wapitis bloquent la route dans le parc de Jasper. © Jillian/Stock Adobe