Séoul, promenade dans la géante calme
Mégapole de plus de 10 millions d'habitants, Séoul peut, au premier abord, intimider. Une telle ville ne peut qu'être foule, bruit et stress. Pourtant, il suffit de s'éloigner ne serait-ce que d'une rue ou d'une artère principale pour se rendre compte que la capitale coréenne sait aussi prendre la vie plus doucement, plus sereinement. C'est alors qu'on plonge dans un calme réparateur et une décontraction insoupçonnée. Une parenthèse inattendue que j'ai eu la chance de partager avec ma famille le temps d’une journée.
Histoire, marché aux puces et tteokbokki
Pendant que ma mère et ma compagne décident d'aller se faire faire un soin du visage comme seuls les Coréens ont le secret, mon frère, mon père et moi décidons de sortir de notre appartement avec pour seul objectif de se laisser porter par le vent. Nous voulons simplement nous perdre dans la ville et voir où nos pas nous mèneront.
Nous commençons donc par descendre la grande avenue de Jong-ro (prononcez « jong-lo ») en direction du centre-ville. Sur notre gauche, nous apercevons des étals disposés un peu partout dans une petite rue. Je reconnais l'endroit, c'est le marché aux puces de Dongmyo, réputé pour ses bonnes affaires et ses objets de toutes les époques. Pourtant étalé seulement sur quelques rues, nous passons une bonne heure à explorer les petits commerces pour dénicher d'éventuels trésors. Le lieu est d'habitude touristique mais aujourd'hui, les rues sont calmes. Un excellent départ.
Nous en profitons également pour visiter un petit sanctuaire au milieu du quartier, dédié au général chinois Guan Yu, vivant au IIIe siècle. Il est dit que c'est son esprit qui a accompagné les Coréens, aidés de l'armée chinoise de la dynastie des Ming, dans leur victoire face à l'invasion japonaise de 1592.
Midi, les estomacs commencent à gronder et nous décidons donc de chercher un petit restaurant traditionnel. Il ne nous faut pas longtemps pour trouver notre bonheur, juste à côté du marché aux puces. Nous y prenons place, sous le regard assez peu accueillant de la tenancière il faut le dire. Une ambiance qui changera très rapidement une fois les plats arrivés sur la table, proprement excellents : soupe de mandu (des gros ravioli), tteokbokki savoureux sans être trop épicé et sundae (pas la glace du fast food, mais du boudin aux vermicelles) impeccables avec la sauce du tteokbokki.

Du bruit ? Quel bruit ?
Le ventre plein, nous reprenons notre marche en continuant de descendre l'avenue bruyante jusqu'à arriver à Dongdaemun et sa majestueuse porte ancienne qui trône au milieu de ce grand carrefour très fréquenté. Il y a un petit parc sur notre droite que je connais et qui grimpe. Ce parc contient une bonne portion de l'ancien mur d'enceinte de la ville.
Arrivés sur les premières hauteurs, le silence s'installe, les visiteurs sont peu nombreux et nous avons une vue à la fois sur Dongdaemun et sur le quartier pittoresque de Changsin-dong de l'autre côté du rempart, avec ses nombreux immeubles en brique comme empilés les uns sur les autres dans cette cuvette.
L'ambiance sereine du lieu s'empare de nous et nous décidons de nous installer confortablement sous un petit kiosque en bois pour mieux digérer. Le silence est si imposant que nous manquons nous endormir. Il est donc temps de reprendre notre marche.
De tous mes séjours en Corée du Sud, je n'ai jamais exploré ce parc jusqu'au bout, c'est donc l'occasion. La grimpette en direction, selon les panneaux, de Naksan (san signifiant montagne) continue en longeant une petite rue ombragée par de nombreux pins. Une remarque de mon père, pourtant très frileux des grandes villes, fini de nous convaincre que nous avons pénétré dans un autre monde : « Qu'est-ce que c'est calme. On se croirait dans un village alors que nous sommes en plein milieu de la ville. ». Effectivement, pendant les 15 dernières minutes, le silence n'a été brisé que par quelques scooters et le bruit des corbeaux.
Des façades de petits bâtiments nous sautent aux yeux, tantôt arty, tantôt fleuries, renforçant cette impression d'être dans un petit village qui n'a rien à faire là. Nous apprenons que nous venons de pénétrer dans Ihwa Mural Village, réputé pour son street art et attirant, en temps normal, nombre de touristes. Nous sommes pourtant quasiment seuls aujourd'hui à visiter ses étroites rues, bercés par les notes de musique s'échappant des quelques cafés installés là.

Fin de « l'ascension »
D'ailleurs, il fait chaud, autant en profiter pour s'arrêter dans l'un d'entre eux. Boisson fraîche commandée, il ne reste plus qu'à se poser sur une banquette de la terrasse ombragée et de profiter, encore une fois, du silence des lieux. Nous n'échangeons pas beaucoup, nous nous comprenons, chacun se perd dans ses pensées. La culture des cafés est très développée en Corée du Sud et chacun diffuse des musiques cosy, que certains appellent ici « café-core », un genre presque à part entière aux sonorités jazzy créé spécialement pour ces lieux de détente.
Le smoothie fraise ingurgité, la balade peut reprendre une nouvelle fois, direction le sommet de Naksan. Un petit sommet, ne nous emballons pas, ce n'est pas aujourd'hui que nous rentrerons avec des courbatures. Là-haut, plusieurs petits jardins s'offrent à nous mais nous décidons de nous attarder sur un belvédère offrant une vue dégagée sur le centre-ville de Séoul en contrebas.
Dommage, l'horizon est brumeux, nous empêchant de voir toute l'étendue de la ville. Pollution ou simple brume ? Difficile à savoir car les mesures nous indiquent un taux de pollution au vert, mais les standards ici ne sont pas les mêmes qu'en France. Une journée classée verte pourrait être pour nous l'équivalent d'une petite alerte pollution.
Quoi qu'il en soit, nous restons plusieurs minutes à admirer ces centaines de tours d'habitation et de bureaux pointer vers le ciel, avec en toile de fond la silhouette des montagnes qui entourent la capitale.

Une vision possiblement éphémère
Il est temps de retourner à la ville. Nous décidons de descendre en passant de l'autre côté de la muraille et suivre un petit chemin arboré. L'occasion d'avoir un court aperçu de la vie du quartier de Changsin-dong et d'imaginer ses habitants devoir surmonter ses fortes pentes matin et soir. C'est sûr, ici on doit être en bonne forme physique quel que soit son âge. Le quartier est encore authentique, rempli de vieux immeubles qu'on appelle ici des villas, lui donnant tout son charme. Nous profitons de cette atmosphère unique, nous disant qu'il n'y aura peut-être bientôt plus d'occasion de s'en délecter.
Car ces vieux quartiers à Séoul ont tendance à disparaître très rapidement. Pour des raisons de sécurité (officiellement), les immeubles de plus de 30 ou 40 ans sont régulièrement rasés et remplacés par de gigantesques tours d'habitation sans âme, au design souvent copié-collé, dont raffolent les Coréens. À la différence de chez nous, en France, la réussite sociale se manifeste par l'achat d'un appartement dans ces tours modernes.
Les irréductibles villages Heureusement, certains quartiers ont réussi dans le passé à éviter la destruction. L'exemple le plus connu et le plus marquant est le Gamcheon Culture Village qui, à la fin des années 2000, a vécu une rénovation totale effectuée notamment par des artistes, qui ont peint les maisons de toutes les couleurs. Le quartier a été totalement transformé sans perdre de son charme et est devenu l'un des endroits les plus touristiques de la grande ville du Sud. Nous espérons que Changsin suivra le même chemin. |
Nous voici revenus en bas, à Dongdaemun. Le temps file, il est l'heure de rentrer se préparer pour le dîner avec la belle-famille coréenne qui nous attend dans un grand restaurant chinois.

De l’art de se perdre
Ce qui devait être une petite balade improvisée s'est transformée finalement en une longue pérégrination d'un calme surprenant. J'aime le silence et une atmosphère sereine. Jusqu'à maintenant, je ne pouvais retrouver ces sensations qu'à la montagne, en randonnée, et encore, il fallait aller dans les vallées moins convoitées.
Vivre cette expérience en plein milieu d'une mégapole, que je commence à connaître de surcroît, a été une surprise quasi totale. Quasi, oui, car ce que je sais de la Corée du Sud, c'est que ses habitants aiment se détendre et prendre leur temps mais c'est une vision que l'on a régulièrement dans les plus petites villes ou dans la campagne, mais moins dans les grandes villes. Du moins si on ne sait pas où chercher.
D'où l'importance de s’éloigner des adresses connues de tous et de se perdre quelques heures pour avoir un autre aperçu de la vie des Séoulites.